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Archive de la catégorie ‘Lectures du moment (nouveau)’

Henry Miller, Tropique du Capricorne

Dimanche 15 juin 2008

Extrait du Livre d’H.Miller que je lis en ce moment. Une leçon de vie, de tolérance, d’ambition et de révolte.

 

« Je voyais, j’apprenais à connaître des hommes qui étaient des saints, s’il est des saints en ce monde; je voyais et parlais à des savants, les uns crapuleux, les autres non; j’écoutais des hommes qui avaient le feu sacré dans les tripes, qui auraiet convaincu Dieu même qu’ils étaient dignes qu’on leur accordât une dernière chance, Dieu même, mais certes pas le vice-président de la Cosmococu. J’étais là, assis, rivé à mon bureau et ce faisant parcourait le monde à la vitesse de l’éclair, et j’apprenais que partout c’était la même chose, partout la faim, l’humiliation, l’ignorance, le vice, l’avidité, l’extorsion, la chicane, la torture, le despotisme, l’inhumanité de l’homme envers l’homme : Les chaînes, le harnais, le mors, la bride, le fouet, les éperons. Et meilleur le calibre, pire la condition de l’individu. Des hommes foulaient les rues de New-York, attifés de cette saloperie d’attirail dégradant, objet de mépris, plus bas que tout, se trimbalant comme des algues, des pingouins, des boeufs des otaries savantes des ânes patients d’énormes baudets semblables à des gorilles fous, à des dociles maniaques mordillant l’appât qu’on leur balance sous le nez, à des souris valsantes, des cochons d’Inde, des écureuils, des lapins, et maint et maint d’entre eux étaient de taille à gouverner l’univers, à écrire la plus grande oeuvre qu’on eût jamais écrite. Quand je pense à quelques uns de ces Persans, de ces Indous, de ces Arabes que j’ai connus, quand je pense au caractère qui se révélait en eux, à leur grâce, à leur tendresse, leur intelligence, leur sainteté, je crache sur la race blanche des conquérants de ce monde, Anglais dégénéré, Allemand borné, Français content de soi et de son confort. La terre n’est qu’un grand être unique et sensible, une planète saturée de part en part d’humanité, une planète vive et qui s’exprime en bafouillant, en bégayant; non pas demeure de l’homme blanc, ou de la race noire ou jaune ou de la race éteinte des hommes bleus, mais demeure de l’homme, et tous les hommes sont égaux devant Dieu et auront leur chance, si ce n’est aujourd’hui, dans un million d’années. [...]«